Favoriser l'autonomie des enfants dans les jeux de cours d'école

Conditions d'utilisation

 icone pdf violet |icone imprimer violet|icone mp3

Présentation de l’atelier

Organisation

  • atelier d’échanges de pratiques

  • durée de l’atelier : 3 h

  • animé par : Thomas Granjon, maison des jeux de Grenoble

  • secrétaires : Caroline Zenatti de la Fourmillière (26) et Virginie Abguillerm de Dézépions (29)

  • 15 participant.e.s (une majorité de salarié.e.s de structures socioculturelles, des professionnel.le.s de l’animation jeux et quelques bénévoles de ces associations)

Constat

Nous – structures socioculturelles et association de jeux – sommes sollicitées par des équipes enseignantes pour réapprendre aux enfants à jouer dans les cours d’école, ou apporter de la diversité à leurs jeux. Les raisons qui conduisent à ces interventions sont multiples :

  • l’interdiction de certains jeux posant des « problèmes » liés au matériel (corde à sauter, ballons, tracé de marelle à la craie...)

  • une aseptisation générale des cours de récréation (démontage des structures comme les toboggans, suppression des bacs à sable, goudronnage de la cour...)

  • parfois, et pour des raisons diverses, une disparition de la transmission des jeux des plus grand.e.s vers les plus jeunes. Il arrive même dans certaines écoles que les enfants ne sachent plus jouer aux billes !

Lors de nos interventions, les enfants jouent. Mais, ils et elles ne rejouent pas forcément seul.e.s, une fois que nous sommes parti.e.s. En cause des problèmes d’organisation, de matériel, de gestion de l’espace dans la cour, etc.

Problématique

Comment faire pour que les jeux perdurent au-delà de nos interventions ?

La petite phrase de l’atelier

« Sois surtout présent quand tu n’es pas là ! », Fernand DELIGNY

 

Déroulement de l’atelier

L’atelier s’est déroulé en trois temps.

Par la méthode des post-it, nous avons listé les situations que nous avons rencontrées, que l’on nous a rapportées ou que l’on soupçonne et qui ont pu mettre en difficultés les enfants pour rejouer après nos interventions.

De cette liste, nous avons pu déterminer cinq facteurs prépondérants qui font que les jeux ne sont pas rejoués.

En petit groupe (puis lors de la restitution de chacun des groupes), nous avons essayé de trouver les solutions que nous pouvions amener pour répondre à ces cinq critères.

 

Production de l’atelier

Cinq facteurs sont prépondérants dans le fait que les enfants rejoueront ou non au-delà de nos interventions.

La gestion du matériel nécessaire au jeu

Il ne sert à rien de faire découvrir des jeux de billes, si les enseignant.e.s les interdissent par la suite, car elles sont à l’origine de problèmes.

Les problèmes rencontrés par les participant.e.s ou leurs questionnements :

  • Comment organiser un espace pour le matériel qui puisse être un espace autogéré (dans le cadre de l’école, ce n’est pas une pratique qui va de soi)

  • mise à disposition (ou non) de matériel (ballons, balles, foulards, craies...)

  • l’interdiction d’amener à l’école du matériel de chez les enfants

  • les embrouilles autour des billes

Les contrariétés liées au matériel sont à travailler avec l’équipe enseignante. Ce sont souvent elles qui posent des limites à leur utilisation : l’interdiction des cartes à jouer et à collectionner pour éviter les vols, pas de jeux de corde à sauter dans la cour, car les enfants peuvent se faire mal... Les solutions sont à trouver avec elles. Par exemple, pour éviter les billes qui tombent en classe et font du bruit, les enfants peuvent les mettre dans une trousse portant leur nom, qu’ils et elles rangent après la récréation, dans un casier de la classe prévu à cet effet.

Deux solutions originales sont proposées durant l’atelier :

  • un fonctionnement où ce sont les enseignant.e.s qui mettent à disposition ces petits jeux (billes, élastiques, ballons, craies...). Si le matériel appartient à l’école, l’équipe enseignante doit le considérer malgré tout comme en partie comme consommable ; les enfants seront tenté.e.s de ramener quelques billes chez elles et chez eux !. Ce fonctionnement peut effacer les différences entre enfants modestes et enfants plus riches – celui ou celle qui peut amener un ballon en cuir et celui ou celle qui ne peut pas –.

  • Au contraire de la proposition précédente et pour développer les jeux nécessitant du matériel et que les élèves n’amènent pas, ces objets seraient inscrits sur la liste des fournitures pédagogiques de début d’année au même titre qu’un cahier ou une règle.

À la connaissance de l’animateur de l’atelier (et à part le tir à la corde), il n’existe pas de matériel qui soit interdit par les instructions de l’Éducation nationale.

haut de page

L’organisation de l’espace dans la cour d’école et son aménagement

Les problèmes rencontrés par les participant.e.s ou leurs questionnements :

  • Comment peut-on favoriser des aménagements dans les cours de récréation lors de travaux qui peuvent y être effectués ? Quelle peut être notre présence auprès des communes en la matière ?

  • Problème d’espace, plutôt de partition de la cour

  • Comment faire pour que le « sentiment de liberté » que l’on pouvait avoir étant enfant puisse exister aujourd’hui ? La plupart des écoles ont mis des barrières/grillages de délimitation de la cour.

Compte tenu de la durée de l’atelier, nous n’avons pu qu’explorer ce vaste sujet. Vous trouverez un complément à cet apport dans le compte rendu de l’atelier Aménager et mettre en place une aire de jeu dans une démarche participative et surtout dans l’énorme travail du Codej (lien dans la bibliographie).

Nous avons partagé les quelques réflexions suivantes :

  • L’organisation de l’espace de la cour de récréation et son aménagement ont des conséquences importantes sur le jeu des enfants. Ce semble une évidence, mais les enfants ne pourront pas jouer à l’élastique ou à la marelle, si le foot prend toute la place. Il est indispensable de proposer pendant nos animations une organisation de la cour qui offrent de l’espace à tous les types de jeux, à tous et toutes, aux autres activités (la lecture, se retrouver pour discuter avec les copains et les copines...), qui soit cohérente avec les différentes dynamiques (les jeux calmes et les jeux de défoulement...), qui s’appuie sur l’utilisation coutumière de la cour par les enfants (l’observation des récréations en dehors de nos interventions nous renseignera sur leurs habitudes).
  • La cour doit être harmonieusement équilibrée entre les jeux tracés à la peinture, les espaces éphémères (tracés à la craie, un circuit de billes pendant « la mode » des billes...) et les espaces vides.
  • Les aménagements dans les cours d’école (toboggans, structures ludiques...) disparaissent. Il est pourtant possible d’en proposer de peu couteux, qui laissent une place à l’imaginaire (une façon de s’évader de l’école), au sensoriel... Nous profitons de l’expérience d’alessandrat des ateliers de Launay, qui participe à l’atelier.

haut de page

L’impulsion d’une dynamique de jeu

Nous partageons le constat d’un appauvrissement de la diversité des jeux dans la plupart des cours d’école. Certains jeux anciennement incontournables (le Ballon prisonnier, le Loup...) disparaissent petit à petit. Des jeux « commerciaux » – et souvent chers – sont aujourd’hui très joués par les enfants : les cartes à collectionner, les toupies Beyblades... et les jeux sur téléphones portables.

Nous proposons des pistes pour (ré)impulser une dynamique de jeux et apporter à nouveau de la diversité dans les jeux  :

  • s’appuyer sur les modes (la période des billes...) ou en tout cas ne pas aller à leur encontre.

  • S’appuyer sur les enfants qui aiment jouer, organiser des jeux, les plus grand.e.s, les meneurs ou les meneuses... pour réinsuffler une transmission naturelle d’enfants à enfants, de génération en génération. Un participant à l’atelier explique un projet qu’il a mené où une classe a découvert les jeux et a été chargée de les apprendre aux autres niveaux.

  • proposer de la diversité et des jeux pour tous les gouts.
  • penser une progression dans la découverte des jeux. Généralement, au début d’un projet sur les jeux de cour, les enfants seront incapables de rejouer lorsque l’animateur ou l’animatrice ne sera plus là, à un jeu à 20. Cela demande une organisation collective importante. Il vaut mieux commencer par des jeux à 4-5, sensibiliser petit à petit les enfants à la constitution des équipes, à comment décider qui commence, à l’arbitrage, puis à l’auto arbitrage, en s’effaçant progressivement de notre rôle d’animateur ou d’animatrice afin qu’ils et elles deviennent autonomes.

    Au fur et à mesure des interventions, il est possible de passer à des jeux plus complexes ou demandant une organisation collective plus importante.

  • Associer les enfants au traçage des jeux et à leur fabrication.

haut de page

Le groupe social des enfants

Les problèmes rencontrés par les participant.e.s ou leurs questionnements :

  • Les injustices qui ne sont pas traitées dans la classe sortent dans le temps de la récrée sous forme marginalisation de certains gamins et interfèrent dans le développement des jeux. C’est une affaire à traiter par l’animateur ou l’on est obligé de passer à côté ?

  • Intervenir ou pas dans les jeux imaginaires des enfants ou l’un ou des « participants » sont exclus. Que proposer ?

  • Problème de groupement. Ex : le groupement initial se fissure et éventuellement un autre « jeu » est débuté.

  • phénomènes de violence dans les cours d’école qui engendre un climat de peur peu propice à l’autonomie.

  • Arbitrage. Une personne (auto)désignée ou collectif ?

  • Différence d’âge, de niveau. Quel jeu proposer ? Comment limiter les exclusions ?

Les cours de récréation sont une microsociété d’enfants. On y retrouve différents rôles (les meneurs et les meneuses, celles et ceux qui ont toujours de bonnes idées de jeux, les exclu.e.s, celui ou celle qui court le plus vite, ou qui est bon.ne en défense, le bouc émissaire, les tricheurs et les tricheuses...) et les comportements de toute société, dont l’exclusion, la violence, les conflits, l’injustice, les incidents d’arbitrage, qui posent problème dans le développement du jeu.

Nous échangeons sur ces points. Les expériences suivantes sont partagées :

  • Les comportements dont nous venons de parler viennent pour beaucoup de questions humaines, des différences entre enfants. Nous pouvons parler avec elles et avec eux, des différences, du respect, de la cohabitation avec les autres. Notre rôle est d’ouvrir des espaces de discussions et d’inviter le groupe à trouver son propre positionnement.

  • Dans un groupe d’enfants, il y a une complémentarité des rôles sociaux (celui ou celle qui proposera un nouveau jeu, le meneur et la meneuse, celui ou celle qui trace de beaux circuits de billes…) L’adulte est là pour leur faire prendre conscience des liens qui interviennent dans le jeu (l’un.e propose, l’autre rassemble le groupe, le ou la troisième donnera des conseils en stratégie...), et pour favoriser ces relations d’interdépendances et montrer que dans une société (et dans la cour de récréation), tout le monde à sa place.

  • Au départ, pour faciliter le jeu, l’animateur ou l’animatrice gère qu’elles sont les équipes, qui commencent, l’arbitrage... Au fur et à mesure des interventions, il ou elle se met progressivement en retrait. Sa posture devient un accompagnement. Puis, une absence d’interventions sur ces points, leur en laissant la complète gestion.

  • À propos de l’arbitrage.

– Il est parfois bon de rappeler les bases aux enfants : le rôle de l’arbitre, que les règles doivent être comprises par tout le groupe et que s’il y a un changement, il est fait par l’ensemble...

– L’adulte peut aider à résoudre un conflit sans obligatoirement prendre position : « Je n’étais pas là. Je n’ai pas vu comment ça s’est passé, je ne peux pas trancher »

– Inciter l’auto arbitrage collectif, comme pour l’Ultimate Frisbee. L’une des règles d’auto arbitrage qui y est appliquée est par exemple que si au bout d’une minute les joueurs et les joueuses ne sont toujours pas d’accord sur un litige, le point est remis en jeu.

haut de page

Le rôle des adultes encadrants et le travail avec les équipes enseignantes

Les principaux problèmes d’autonomie des enfants et leur capacité à rejouer seul.e.s sont liés... aux adultes !

> L'intervenant.e n'a pas eu une posture favorisant l'autonomie des enfants.

> le travail des animateurs et animatrices et de l'équipe enseignante ne se fait pas conjointement.

> l'école ne recherche pas cette autonomie

Les réflexions des participant.e.s liées à leurs expériences :

  • L’adulte est souvent trop dirigiste au moment de l’intervention.

9 du coup, les enfants ont besoin de sa présence pour rejouer.

  • Trop d’interdit, trop de PEUR de la part des adultes...

  • Un interventionnisme des adultes encadrants empêche la gestion non violente des conflits par les enfants eux-mêmes.

  • Incohérence entre anims et enseignants sur la façon de gérer le temps de récré.

  • Décalage entre le fonctionnement souhaité par les animateurs et la mise en place réelle.

  • Comment des enfants peuvent se sentir légitime d’apporter une craie et de tracer un jeu au sol, alors que bien souvent l’adulte viendra leur interdire pour des raisons de « propreté ».

  • Parfois l’ambiance d’une classe où l’autonomie n’est pas favorisée perdure à la récré.

  • Manque de passage de relais aux personnes qui encadrent pour « accompagner » l’autonomie

  • En centre de loisirs, je ne connais pas forcément ce problème. Les enfants rejouent (d’eux-mêmes) aux jeux qu’on leur apprend.

Nous échangeons sur la question du travail avec les équipes enseignantes :

  • Le besoin d’échanger avec elles sur comment favoriser l’autonomie des enfants dans les jeux, voir la nécessité de formations (animations pédagogiques) est indispensable et préalable à tout projet sur les jeux de cours. Il s’agit d’expliquer que le jeu ne sera développé à la récréation que si les enfants sont capables de l’organiser et de le gérer de manière autonome. Cela demande un travail conjoint des intervenant.e.s et des enseignant.e.se qu’il faut construire.

  • Pour sortir de la rivalité animateur et animatrice / enseignant.e, il peut être bon de partir de leurs besoins et de leurs difficultés. Le besoin de pause des enseignant.e.s à la récréation est légitime !

  • La récréation est un temps pédagogique. Elle doit être pensée, tout comme un temps de classe. Pour développer l’autonomie, la présence de l’adulte est nécessaire et doit être très forte au début, pour poser le cadre. Ensuite, il ou elle s’efface petit à petit, laissant les enfants s’organiser et gérer le jeu.

  • Observer ce qui se passe, monter aux enseignant.e.s les points sur lesquels les enfants sont autonomes et ce qui ne fonctionnent pas encore sans la présence de l’adulte.

  • Le travail sur l’autonomie s’inscrit dans la durée.

  • L’école ne favorise pas l’autonomie. En tant qu’animateur ou animatrice jeu, nous semons des graines. Il faut relativiser nos objectifs. Mais, le jeu en autonomie influe sur l’autonomie ailleurs...

haut de page

Bibliographie

  • l’énorme travail de l’incontournable Codej, le Comité de développement de l’espace pour le jeu, une association ressource phare sur les questions des aires de jeux, des aménagements de cours d’école et plus généralement de l’espace pour les enfants et le jeu dans la ville. Si le Codej a aujourd’hui disparu, vous pouvez trouver encore quelques-uns de ces nombreux ouvrages (la liste serait trop longue à dresser ici) en vous adressant à l’une de ces anciennes membres (clic)

  • Jouer à l’école. Socialisation, culture, apprentissages, édition CRDP de Grenoble. (clic)

  • Les jeux de cour d’école, de la Maison des Jeux de Grenoble (ouvrage à paraitre)

  • La cour de récréation, de Julie DELALANDE, édition Audibert

  • Récréations, un film de Claire SIMON (clic)

  • Ça commence aujourd’hui, un film de Bertrand TAVERNIER

haut de page