Pourquoi des RL ?

Le constat

Les pratiques ludiques, en France, ont connu un très fort développement ces dernières années. L’une des principales raisons de cet essor est la multiplication des ludothèques et des associations promouvant le jeu comme pratique culturelle. Les professions autour du jeu (animateurs et animatrices jeux, ludothécaires...) sont cependant relativement récentes (en France, la première ludothèque remonte à 1967). Les acteurs et les actrices qui travaillent autour du jeu expriment ainsi une double aspiration :

  • aspiration à se former et de mutualiser les expériences individuelles

Les formations autour du jeu sont encore trop peu nombreuses. La grande majorité des personnes travaillant dans ce domaine se sont formées sur le terrain. Mais, elles y ont aussi développé des compétences parfois fortes sur une approche du jeu, l'animation auprès d'un public spécifique, un type de jeu... Toutes et tous souhaitent s'enrichir de ces expériences, pour construire collectivement les métiers autour du jeu.

  • aspiration à se rencontrer et de travailler en réseau.

 Pour sortir de l'isolement et impulser des dynamiques collectives.

Fondements et valeurs

◊ L'éducation populaire

Les Rencontres Ludiques se positionnent sans équivoque dans le courant de l'éducation populaire.

L’éducation populaire telle que nous la concevons et la pratiquons reconnait à chacun.e la capacité et la légitimité d'être actrice et acteur de sa vie, de son métier, de ses projets. Elle permet d'augmenter la puissance d'agir des individus et défend la richesse du collectif.

Nous affirmons que tous et toutes ont des savoirs et peuvent progresser et se développer, à tous les âges de la vie, dans une démarche d'émancipation.

Nous prônons une égalité entre les personnes. Les Rencontres Ludiques sont élaborées sans hiérarchies des savoirs, des personnes ou des professions. Au contraire, elles visent à croiser les connaissances et les pratiques entre différents milieux.

Nous reconnaissons l'expertise des participant.e.s aux RL, basée sur les connaissances de terrain. Il ne s'agit pas seulement de connaissances, mais de légitimité – ils et elles agissent au quotidien sur le terrain. Ainsi, collectivement ils et elles contribuent à la construction de l'identité professionnelle de leur métier.

Nous concevons les RL comme un lieu d'émancipation et d'expérimentation. Nous voulons que les participant.e.s puissent y faire des expériences nouvelles leur permettant d'agrandir leur palette d'outils, pour les utiliser ensuite dans leur cadre professionnel et dans leur vie personnelle.

L'éducation populaire est une pensée indissociable des pratiques qui la caractérisent et l'alimentent. Nous avons œuvré tout au long du processus 1 de la préparation et pendant les RL à mettre en pratiques ces idées.

◊ Le jeu

Le jeu est un objet protéiforme et il convient de préciser ici de quel jeu nous parlons, sur quelle forme nous travaillons.

Nous défendons le jeu en tant que pratique culturelle populaire, émancipatrice et porteuse des valeurs de l’éducation populaire.

Le jeu, libre et gratuit, pour le plaisir

Jouer, c’est avant tout partager des moments de plaisir qui ne sont pas en prise avec les enjeux ou les contraintes du réel. Ainsi, nous souhaitons promouvoir le jeu comme une activité libre (liberté de jouer ou non, liberté du choix de jeu) et gratuite (au sens de « autotélique » : qui n'a pas d'autres fins qu'elle-même, que le plaisir qu'elle procure).

Nous souhaitons donc donner toute sa place au plaisir du jeu dans une société qui malmène la notion de plaisir, dans laquelle toute activité doit devenir rentable. Nous revendiquons une pratique du jeu qui peut échapper à cette normalisation du plaisir.

Ainsi, nous souhaitons promouvoir le jeu en dehors des rôles qui lui sont trop souvent dévolus et que le philosophe Colas Duflo (dans Jouer et philosopher, PUF) évoque comme « deux misères ludiques » : « le jeu commercial et le jeu pédagogique ». En effet, si le jeu est éducatif en tant que tel, les jeux estampillés « éducatifs » ou « pédagogiques » sont plus certainement des outils ludiques d’apprentissage que de véritables jeux (manque de ressort ludique et de gratuité…).

Ce préalable posé, il est possible de préciser les intérêts multiples du jeu : c’est un élément fondamental du développement de l’enfant et de l’épanouissement de l’individu ; il permet la création d’un espace de liberté et d'expérimentation, c’est un espace de socialisation, de convivialité, de rencontres et de partage.

Le jeu, une pratique culturelle, populaire et vivante

Le jeu est issu d’un processus de création : il est le reflet d'une culture, il en émane et participe de sa construction. Il invite également à l’ouverture culturelle.

Mais avant tout, le jeu est une pratique culturelle populaire, en ce sens qu'elle est produite, appropriée et appropriable par le plus grand nombre. En perpétuelle évolution, elle place chacun.e en position d’acteur ou d'actrice et non pas de spectatrice ou de spectateur. C’est une pratique issue du collectif et construite par une communauté.

Les objectifs

Les Rencontres Ludiques se veulent un espace, un temps, de formation, d'échanges et d'analyses de pratiques, de théorisation sur le jeu… Elles ont pour objectifs :

  • d'enrichir, étayer, mettre en conscience les compétences des acteurs et actrices du jeu

  • de formaliser et de capitaliser les pratiques

  • de constituer des réseaux et d'impulser des dynamiques collectives

  • de produire des outils et des ressources sur le jeu

Cette édition avait également deux objectifs spécifiques liés à son thème :

  • donner les moyens à chacun.e d'affirmer au quotidien la légitimité du jeu auprès des institutions, du public, des professionnel.le.s avec qui il ou elle travaille…
  • participer à une construction collective de la reconnaissance du jeu

et celui de favoriser la participation des bénévoles qui sont de plus en plus impliqué.e.s dans les projets jeu des structures.

 

1 L'idée de processus soutient celle qu'il y a une évolution, dans le temps, et que c'est dans le mouvement que se déroule la construction des savoirs…

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