Le jeu, une pratique émancipatrice

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Présentation de l’atelier

Organisation

  • Atelier de Construction Collective, 3 h.

  • Atelier animé par Mani ISAAC, Le Poulpe Pirate.

  • Secrétariat assuré par Ludovic LABRUNE (Maison des Jeux de Grenoble - 38) et Goulwen LE BOLLOCH (Maison des Jeux de Grenoble - 38)

  • 15 participant.es

Problématique de l’atelier

En quoi le jeu est-il une pratique qui favorise l’émancipation des individu.es ?

 

Déroulement de l’atelier

1/ introduction : jeu des gommettes n° 1

Il s’agit d‘un jeu coopératif de regroupement pour que les participant.es fassent connaissance.

Chaque participant.e.s reçoit une gommette collée sur son front sans en connaître la couleur. L’objectif est de se regrouper entre gommettes de même couleur sans se parler et en gardant les mains dans le dos. Après 2 minutes de recherche, 5 groupes de 3 personnes se sont formés.

2/ exercice n° 1 : positionnement individuel sur la question de l’émancipation

Consignes : Par petits groupes de trois personnes, se positionner sur un axe abscisse et ordonnée dessinées sur une feuille au milieu de la table.

« Dans ma vie, j’ai l’impression que… » :

 axe at jeu émancipatrice

Chaque participant.e prend le temps de se positionner puis argumente son choix auprès des deux autres personnes du groupe.

3/ interlude : jeu des gommettes n° 2

Reprise du jeu vu en introduction avec une nouvelle répartition en 3 groupes de 5 personnes.

4/ exercice n° 2 : 3 groupes de 5 personnes

Consigne : Chaque personne note une question qu’elle souhaite poser suite aux échanges de l’exercice n° 1 ou plus généralement sur le thème de l’atelier. Puis, chacun.e pioche une question (autre que la sienne), la lit à voix haute puis l’interprète. L’objectif n’est pas forcément de répondre à la question, mais bien de formuler comment on la comprend. L’idée n’est surtout pas dans un premier temps d’en débattre.

Une fois toutes les questions lues et interprétées, possibilité d’engager un débat sur l’ensemble des sujets avancés.

Voici les questions posées par les participant.es :

  • « Comment transmettre à des jeunes animateurs.trices sans moyens ni formations ce qu’apporte (ou ce que peut apporter) le jeu dans l’autonomie de l’enfant ? »

  • « Doit-on avoir conscience de sa volonté d’émancipation pour réellement se libérer/s’émanciper ? »

  • « Pourquoi tout le monde ne se prend pas au jeu par (pur) plaisir ? »

  • « Le jeu peut-il sauver le monde ? »

  • « Qu’est-ce que l’émancipation ? »

  • « Peut-on remplacer le terme “liberté” par le terme “bien-être” ? »

  • « Comment favoriser qu’une personne observant des joueur.euses enjoué.es en profite aussi ? »

  • « Comment émanciper/libérer sans imposer sa propre définition de l’émancipation, de la liberté ? »

  • « Comment faire prendre conscience aux élu.es et aux parents que le jeu est plus qu’une pratique occupationnelle ? »

  • « Pour les personnes en situation de handicap (du type autisme) est-ce possible de développer leur autonomie à travers la pratique des jeux ? »

  • « Quelle légitimité à accompagner l’autre vers son émancipation ? »

  • « Dans quelle mesure le Jeu serait-il plus émancipateur que d’autres médias culturels ? »

  • « Est-ce que lorsque je propose à des personnes de jouer, je contribue à une meilleure connaissance d’eux-même et des autres ? »

  • « Quelles pratiques reste t-il dans nos sociétés si on en retire toutes formes de devoirs et de contraintes superflues ? »

  • « En jouant, j’apprends à mieux me connaître. En faisant jouer, comment ou en quoi je participe à ce même processus chez les autres ? »

5/ réactions/débats en plénière

Consigne : Le groupe se réunit en plénière afin de débattre des idées émises lors de l’exercice précédent. Chaque personne détient 3 papiers de couleur donnant droit à 3 prises de parole (jaune = première intervention, rose = deuxième, bleu = troisième).

En introduction, l’animateur d’atelier donne une citation d’Edouard Glissant (dans la lignée d’Aimé Césaire et Patrick Chamoiseau) : « Rien n’est vrai, tout est vivant ». [citation exacte : « la vérité n’existe pas, seul ce qui est vivant existe »]

Chaque personne prend ensuite le temps de la réflexion individuelle avant d’engager un débat final en plénière.

 

Voici le déroulé des échanges.

: Je suis intéressée par la question : « qui je suis pour avoir la prétention d’émanciper l’autre ? » Je ne suis pas à l’aise avec ce genre de débat, car c’est un sujet très général. J’ai besoin au préalable de définir la notion d’émancipation...

: Qu’est-ce qu’émanciper et suis-je légitime pour le faire ?

Quel est le bon verbe pour parler d’émancipation ? Transmettre ?

: Le jeu est-il anti-émancipatoire ? Le jeu est instinctif de fait, il faut donner les moyens de travailler sur les conditions de l’émancipation.

Pour moi, être autonome, c’est savoir se séparer de ses aliénations.

: J’ai de la frustration, parce qu’on est flou sur le sens propre de l’émancipation. Besoin de clarifier les choses. J’aimerais que l’on développe le sens de ce mot avant d’en débattre.

J : Étymologiquement, l’émancipation c’est l’acte symbolique de lâcher la main de son maître pour redevenir libre. J’aimerais plein de choses dans ma vie. Je suis conditionné par la société, les codes. Je suis plein de désirs assumés et refoulés, et je m’aperçois que j’ai été conditionné, et ça me limite dans la vie que je désire vivre.

Je suis limité par les barrières, l’inhibition. On ne peut pas émanciper quelqu’un. L’esclave ne devient pas pour autant libre.

Par rapport à la question de la légitimité, on ne peut pas émanciper, on ne peut que servir le processus d’émancipation. Je crois plus à la notion d’accompagnement. Ce n’est pas forcément l’outil qui est émancipateur, c’est la relation qui l’est.

: J’aimerais préciser les choses. J’ai envie de savoir plus vers quoi on va. Comment se dire qu’on a accompagné quelqu’un vers la liberté ? Ce sont des choses impossibles à voir, car on est sur du jugement de valeur. Je propose de changer le terme de « liberté » en « bien-être ».

Le mot « émancipation » est trop vaste en tant que valeur et trop étroit en tant que principe. Il ne donne pas les solutions.

Pour moi, liberté = bien-être. C’est plus facile à observer.

F : On ne peut pas s’imposer. C’est plus une posture de la personne ressource. Dans quelle posture je m’inscris pour aider l’autre à grandir ?

Pour moi le jeu est un outil de cheminement d’émancipation.

M : Je trouve que l’émancipation est une notion lourde. Le jeu est un outil de cheminement, qui aide à prendre conscience du fait que l’on s’émancipe.

L : Je questionne la gratuité de la transmission de l’émancipation. La contamination de l’émancipation est gratuite. L’intention d’émanciper peut devenir contre- productive.

F : Non, l’acte d’émanciper n’est pas gratuit. Il doit être intentionnel, nous devons être humbles et savoir dire que l’on ne sait pas.

G : Il faut savoir être modeste et mettre des conditions favorables pour évoluer vers une émancipation.

A : Pourquoi y’a-t-il une résistance à l’émancipation, à la jouissance et au jeu ? Il faut recréer une contrainte grâce au jeu pour se faire plaisir.

: Comment transposer le « jouer » au « faire jouer » ? J’ai conscience que le jeu est émancipateur. Faut-il créer des conditions particulières pour transmettre cela ? Ou le jeu se suffit-il à lui-même ?

: Le jeu est une pratique émancipatrice ? Peut-être même aliénante ? Autoréflexif ? Parfois on se met dans des situations à l’opposé de ce que l’on recherche consciemment. Je pense qu’il faut sortir d’un « trop d’idéalisation » de notre représentation du jeu.

A : D’accord avec B. qu’est-ce qui nous permet de vérifier que le jeu est réellement émancipateur ? Vu la situation critique mondiale, peut-on encore illustrer la solution aux problèmes avec du jeu ?

S : Le jeu se vit. Nous professionnel.les du jeu, nous pensons l’utilisation du jeu. Ce n’est pas le cas des joueurs et des joueuses. Nous devons davantage assumer notre rôle et nos missions.

M : Le jeu est-il vraiment émancipateur ?

: Pour moi, Jeu = plaisir = émancipation.

: Le jeu doit être libre pour favoriser l’émancipation et ouvrir sur le monde. Par exemple, le jeu libre de l’enfant est encouragé par l’adulte qui n’est pas censé intervenir. Le jeu est censé répondre aux besoins de l’enfant. Pour moi, chaque vécu, pratique ou découverte a une vertu joyeuse.

L : Il existe plusieurs niveaux d’émancipation. Où se situe l’émancipation ?

: Je pense en particulier aux publics spécifiques (porteurs de handicaps) qui sont dans le plaisir. Il y a une intention d’émancipation, mais le plaisir seul n’amène pas forcément l’émancipation.

: Peut-il y avoir une émancipation intérieure ? Si le jeu amène ça, c’est déjà une belle libération !

: Attention, il existe plusieurs types d’émancipation !

: Je crois qu’on doit essayer d’identifier ce que l’on cherche à émanciper. Pour moi, c’est en particulier la notion de « devoir ». S’émanciper, c’est se libérer du devoir pour aller vers le plaisir.

Donnons-nous les outils et les moyens nécessaires. Le jeu permet de vivre l’expérience du désir sans le devoir. J’aimerais construire une société basée sur le désir, le plaisir.

A : Je ne suis pas d’accord avec J. Pour moi, la notion de devoir est extrêmement importante. J’ai le devoir de faire les choses pour que la société fonctionne. Je suis convaincu que le jeu est émancipateur via le développement des capacités induites. Le jeu transmet des compétences, c’est un outil d’interrogation.

J : S’émanciper, c’est manipuler des entités abstraites. Il existe un fort potentiel émancipatoire. Il faut réussir à mettre des mots sur ses ressentis. Le jeu a un caractère frivole et c’est un espace d’expression libre.

: une des forces importantes du jeu, c’est toutes les compétences transversales, qu’on ne touche pas avec d’autres pratiques ou à l’école : faire des choix, être acteur, etc. S’émanciper, c’est être acteur de sa propre vie, être en mesure de développer des compétences transversales.

A : j’ai du mal à voir la différence entre émancipation des enfants et éducation.

: Pour moi, il faut analyser les ressentis, il me paraît nécessaire d’avoir du plaisir. On se traîne un boulet par rapport à la notion de jeu dans son acception judéo-chrétienne. Le problème du plaisir questionne deux choses : l’émancipation et l’addiction. S’émanciper, c’est (re)créer le symbolique. L’émancipation des enfants n’est-elle pas celle des adultes de demain ?

T : Il existe plein de formes de jeu. Créer un cadre ludique avec l’enfant favorise son émancipation.

J : Quand on choisit un devoir, ce n’en est plus un. Nécessité de donner du sens. C’est intéressant de se poser la question : le jeu est-il un moyen ou une fin en soi ? »

 

BILAN DE L’ATELIER :

A la question posée : « Qu’est- ce que chacun.e désire ? De quoi ais-je besoin ? », voici les réponses des participant.es :

: J’aimerais clôturer cet atelier par « un cercle de gratitude ».

A : Je vais faire un voyage en Europe pour continuer à découvrir d’autres expériences et m’enrichir d’autres compétences.

J : J’exprime beaucoup de gratitude. Notamment à destination de l’animateur sur sa façon d’animer.

: Je souhaite que tout le monde s’émancipe après cet atelier.

A : J’ai bien envie de continuer à questionner cette notion d’émancipation.

: Je vais continuer à jouer et à faire jouer.

A : Je vais continuer à me nourrir des autres, faire le lien avec la nature et le soleil.

: Je vais profiter de ces RL pour créer du lien.

: Quid de la marchandisation du jeu ? Comment sortir de ce carcan. Poser les bonnes questions. Je m’intéresse aux jeux coopératifs.

G : Je vais continuer à me poser ces questions et notamment sous l’angle des jeux coopératifs.

: Je souhaite continuer à me « transformer » jusqu’à samedi. Mais comment transmettre aux autres ce que l’on est en train de vivre ?

: Merci à l’animateur et aux participant.es. Je pense qu’il faut faire le tri de ce qui a été dit et ne pas trop se prendre la tête.

S : Les RL c’est bien ! Que ça continue.

: Plein de choses dans la tête. J’ai besoin d’éclaircir ces questions tranquillement.

G : Ce fut pour moi une discussion très riche ! J’espère avoir l’occasion de poursuivre cette réflexion...

 

Synthèse

Les mots clés de l’atelier :

Émancipation, agir, réfléchir, transmettre, subversif, affirmer, enjeux, stratégie, institutions, autonomie, dépendance, liberté, Plaisir, reconnaissance, aliénation, valeurs, entraide, échange, gratuit.

 

Bibliographie

La citation d’Édouard Glissant est extraite du livre Tout monde.

 

Méthodologie d’animation

SÉQUENCE

MÉTHODE

Démarrer l’atelier, se mettre en mouvement.

Présentation physique...

Gommette

 

J’aide d’autres à se libérer, ou pas ; beaucoup de gens m’aident à me libérer, ou pas

Positionnement sur un graphique, discussion en petits groupes.

Écrire sous forme de question ce qui nous préoccupe, en partant de son intimité et du sujet de l’atelier.

Banque de questions. Plus d'infos ici, par exemple.

Interpréter les questions (sans y répondre)

Échange en petits groupes

 

Les préoccupations de chacun.e sur la thématique traitée.

Débat en plénière.

Débat collectif, Max. trois prises de parole par personne. Tickets de parole.

 

Se présenter (choix de l’animateur que cela se fasse en fin d’atelier) : présentation sociale…

Tour de table (dire ce que je désire ? De quoi j’ai besoin ? Donner son prénom et sa structure

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