Qu'est-ce qui différencie nos animations de celles des sociétés à vocations commerciales ?

Conditions d'utilisation

 icone pdf violet |icone imprimer violet|icone mp3

Présentation de l’atelier

Organisation

  • atelier d’échanges de pratiques

  • durée de l’atelier : 3 h

  • animation : Hélène Drevillon de l’association Dézépions à Brest et Mani Isaac de l’association Le Poulpe Pirate (Isère).

  • secrétaires : Hervé Appiotti de l’Ah Toupie (Charente) et Élodie Cuvilliez

  • participant.e.s : 8 personnes, salarié.e.s ou bénévoles, au sein d’associations ludiques et d’équipements socioculturels

La problématique de l’atelier

Les sociétés à vocations commerciales sont de plus en plus nombreuses à proposer des animations jeux.

Qu’est-ce qui différencie nos animations des leurs ?

Entre l’idéal de ce que nous prônons (disponibilité des animateurs et animatrices, espace-temps, qualité) et la réalité (beaucoup d’animations dans la semaine, fatigue et lassitude), comment continuer à défendre que nos pratiques offrent une qualité qu’on ne retrouve pas chez les sociétés à vocations commerciales ?

Production de l’atelier

Tour de table

Chacun.e se présente (prénom – type de structure – ce qu’il ou elle vient chercher dans cet atelier). Nous sommes en petit nombre, mais nous avons tous et toutes à cœur d’échanger sur cette question. Chaque participant.e a sa propre expérience, ses questionnements.

Chacun.e a vécu cette confrontation à un niveau différent et apporte son regard sur cette question. Les exemples donnés montrent que le statut (association, SCOP, SCIC, autoentrepreneur, SARL...) influe sur l’image que l’on se fait de la structure alors qu’actuellement, certaines personnes créent des sociétés pour se créer un emploi et que le projet n’est pas à but commercial. Mais ces personnes souffrent du regard des associations. Ces personnes peuvent être motivé.e.s, passionné.e.s et compétent.e.s dans des propositions de réels projets... le statut est choisi par défaut.

Le tour de table permet de reformuler nos questionnements et ce vers quoi nous avons envie de tendre en discussions.

Nous échangeons sur l’économie sociale et solidaire : associations, mutuelles, SCOP... (= redistribuer les bénéfices pour la qualité du service rendu).

Ces échanges nous amènent à nous demander en quoi les statuts juridiques vont influencer les activités de la structure. Pour quelles raisons choisirions-nous tel ou tel statut ? Comment aimerions-nous nous définir face aux sociétés commerciales (indépendamment des statuts juridiques) ?

Nous redéfinissons le terme « société commerciale » une société qui a le désir de faire de l’argent – plus que les salaires et le réinvestissement pour le matériel –. La société commerciale est à but lucratif.

Les statuts existants :

  • association : facile à monter, mais il faut un bureau avec des personnes non salariées et des adhérent.e.s.

  • SCOP : demande de monter un dossier. Il faut avoir deux salarié.e.s en équivalent temps plein dans les deux ans de montage de la SCOP + cout d’adhésion à la fédération des SCOP...

  • SCIC  (société coopérative d’intérêt collectif) : ce statut est peu connu des participants et nécessiterait d’être explicité.

  • Société : SA ou SARL…

En quoi les statuts juridiques influencent-ils la perception/l’activité ?

> met-on en avant le statut juridique de notre activité ?

> qui cela intéresse-t-il vraiment ?

> pourquoi ce statut ? quelle est notre différence, la plus-value du projet associatif ?

Le statut juridique est mis en avant quand le projet est solide, clair, construit. Il représente l’identité et définit le message à transmettre. L’usager.e perçoit la différence entre privé, commercial et associatif.

Ce qui peut déranger et surprendre, c’est lorsqu’une association utilise des techniques markéting ou des techniques du privé lucratif. On oublie que l’associatif est une façon d’entreprendre.

Cependant, il faut reconnaitre que chacun.e a besoin de vivre. C’est de l’honnêteté de dire ses besoins et que notre expertise a un cout qui correspond à du travail réel.

Ce cout n’est pas le même cout entre sociétés et associations de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Le travail de préparation, de réflexion, le travail en amont ne sont pas forcément valorisés. Le travail sur le projet associatif n’est pas mis en avant, l’histoire, pourquoi…

Dans le milieu du jeu, le statut ESS est « bien vu » par rapport à celui des sociétés à but lucratif. Les personnes souhaitant travailler dans le monde du jeu ont la volonté de se créer en statut qui correspond à leurs valeurs. Il existe une tension entre ces valeurs, la réalité du statut et le regard des pairs.

Il est important de ne pas s’arrêter au simple statut, mais de plutôt s’intéresser à la démarche, comment ça marche, qui est le public…Ne pas avoir d’aprioris, être curieux et curieuses, mais sans naïveté.

Il est important de voir la structure avant le statut. Ce qui nous différencie ce sont nos valeurs. Les sociétés commerciales ne sont peut-être pas celles que l’on croit...

Ce sont les personnes qui portent les projets. Le statut est secondaire, mais pas neutre.

Il y a peut-être un statut à créer, qui permette de se lancer doucement. Il faudrait que celui-ci soit économiquement viable quand on commence et soumis à une validation par un groupe.

La communication : il faut savoir mieux communiquer, convaincre, car l’associatif ou le non lucratif ne semble pas être crédible face au privé lucratif (belle plaquette/site/carte/logo…)

Quelles valeurs ? Quelles plus-values ?

Le modèle associatif s’adresse souvent à un territoire.

L’associatif peut co-construire avec le futur client son animation.

L’expertise n’est pas mise en avant et en terme de visibilité, on ne valorise pas assez le travail en amont (ex. : travail de réflexion des espaces de jeu).

Les sociétés commerciales ont des produits finis (formatés) qu’elles proposent tels quels, en tant que prestations. Elles mettent en avant le matériel, l’emballage. Elles travaillent plus sur de l’évènementiel, du ponctuel.

Une association intervient tout au long de l’année sur un territoire dans un travail de proximité sur du long terme. Il y a là une plus-value sur le territoire avec la construction d’habitudes de jeu.

Une association peut être localement créatrice d’emploi et valoriser une forme de développement local. Elles peuvent également travailler avec un objectif d’insertion (chantier).

Des partenariats sont possibles avec des boutiques, des éditeurs et éditrices... car des valeurs communes peuvent exister et, car le jeu est un aussi un objet économique, il y a du gagnant/gagnant.

Le bénévolat

Le modèle associatif implique souvent du bénévolat.

Ce sont des personnes qui s’investissent et s’engagent dans une aventure humaine (ils et elles peuvent se former, s’épanouir...) pour jouer un rôle dans la société, être acteurs et actrices. Le bénévolat peut également servir de tremplin, de reconnaissance pour des personnes.

Apporter quelque chose de non rémunéré est important. La question du plaisir, de la transmission, de la passion… Le bénévolat peut être l’espace de liberté, de responsabilité et d’épanouissement d’une personne.

Pensons-nous que dans le milieu du jeu, il y ait beaucoup de « requins » ?

Oui, il y en a. Ils et elles dénaturent les valeurs que l’on souhaite défendre autour du jeu, de nos réflexions. Ils et elles participent au fait que nous avons parfois du mal à faire reconnaitre notre professionnalisme, que notre métier n’est pas reconnu.

Conclusion

Il nous apparait clair que ce n’est pas seulement le statut qui fait l’âme d’une structure ludique.

Nous pouvons tous et toutes donner des exemples d’associations qui œuvrent pour un véritable projet collectif au service du jeu, comme des contrexemples d’associations qui hébergent un projet économique où le jeu est essentiellement un produit et un service rentable. C’est le cas pour les statuts privés également : il y en a des chouettes, il y en a des moins louables !

Finalement lorsqu’on parle des différences essentielles entre les un.e.s et les autres, on parle d’emblée de valeurs. Continuons à les défendre, tentons de les rendre plus visibles, sachant que certaines d’entre elles le sont sur le long terme : projet partagé, réflexion sur le jeu, connaissance d’un territoire, régularité envers un public, coanimation avec d’autres professionnel.le.s …

N’ayons pas peur des requins, nous ne faisons peut-être pas exactement les mêmes métiers…

haut de page